20 décembre 2020

Il y a 50 ans...



Nancy - Début novembre 1969, j'ai 13 ans et mon regard est attiré par une pub qui parait dans Spirou. Et dans Tintin.  

"Gagnez un voyage de HUIT JOURS À DISNEYLAND !" 

 C'est le premier Prix et je ne vois que ça... 

Waoh ! À cette époque, la magie Disney opère en plein, je n'imagine pas que 25 ans plus tard, il y aura un Disneyland en Seine-et-Marne à deux pas de chez moi (!) et évidemment pour gagner un voyage aux USA, l'enfant candide que je suis alors plonge direct. 

D'autant que c'est dans ma partie, puisque c'est un concours... de dessin ! 

Organisé par le chocolat Van Houten pour les jeunes de moins de 16 ans, vous pensez bien que dans l'heure je force ma mère à aller en acheter illico un paquet chez GRO juste en dessous du Joffre-St Thiébaut, de ce fameux "ChocoLéger" parce que bien entendu, il faut leur envoyer une preuve d'achat en découpant l'emballage en même temps que l’œuvre à venir... 

Le thème ? Créer un personnage de Disney, lui donner un nom et le dessiner. Je dessine déjà dans les marges de mes cahiers et sur tout ce qui passe à portée, je suis fou de BD, c'est pour moi. Je n'ai évidemment plus ce dessin, mais mon personnage à qui je donne curieusement une forme de haricot rouge avec des yeux et des bras (!) s'appellera "Flageolet" (logique...) je l'ai soigneusement dessiné au crayon noir sur un Canson puis joliment colorié avec mes crayons Caran d'Ache. 

Le truc sirote une grenadine assis sur une chaise longue au bord d'une piscine. Classieux. Pourquoi ce choix ? Franchement, je demeure perplexe, je n'en sais foutre rien. 

J'ai jusqu'au 28 février 1970, mais c'est peu avant Noël 69 que mon père ira poster mon envoi. Mes parents sont mignons, ils m'encouragent et me félicitent d'avance mais prudemment me préviennent aussi qu'il faut me préparer à ce que je ne gagne pas. 

Pourtant curieusement, au fond de moi, je sais que je vais gagner et extrapole déjà mon futur voyage en Californie. Pourquoi je m'en suis persuadé à ce point alors que je suis plutôt peu sûr de moi d'ordinaire, je l'ignore, mais j'en parle même imprudemment à quelques copains de ma classe de 4ème qui m'envient déjà... 

Les mois passent, j'attends, jusqu'à ce jour de juin 70 où en rentrant du collège, je vois au courrier une enveloppe à en-tête de Van Houten qui m'est destinée ! Ça y est ! Mon cœur bat, mais au fond j'en étais sûr. À moi l'Amérique, les amis ! avec deux personnes de mon choix, mes parents évidemment... 

J'ouvre et je vois que c'est écrit, "cher Eric, nous avons le plaisir de t'annoncer que..." 

Que j'ai gagné, que j'ai GAGNÉ, PUTAIN ! J'AI GA... ?

Gagné, oui. Mais... le deuxième Prix ! Mon monde s'effondre, c'est mon premier échec dans le dessin alors que je n'ai pas encore de carrière, "le second Prix" mais qu'est-ce que j'en ai à foutre ? 

Alors ok, ma mère est fière de moi, me le dit, mais j'entends absolument pas ce qu'elle raconte, j'ai les oreilles qui bourdonnent, je suis tellement déçu. Et ce second prix qui forcément n'est pas ce voyage aux USA dont je rêvais, je m'en fous, je sais même pas ce que c'est... 

Bon, je vais quand même vérifier, si ça se trouve c'est bien aussi. Ah, ben non en fait ! 

Salauds de publicitaires de chez Van Houten ! Les rats ! Franchement, tu le crois ? 

Car si le premier Prix du concours était bien ce "8 jours à Disneyland" gagnés par un autre môme, pour TOUS les autres participants, 500 gagnants en tout primés et à compter du second Prix, c'est pareil pour tout le monde: un lot de quatre beaux livres de l'univers Disney

... Que je recevrai effectivement quelques jours plus tard, dans un joli coffret. Je les ai encore, chez mes parents, dans leur bibli, mais... 

Mais du coup, en 84, quand pour la première fois en Floride près de quinze ans plus tard j'ai arpenté avec Babeth les allées d'Epcot et du Disneyland d'Orlando, j'ai eu un petit pincement au cœur en pensant à la tristesse du gamin de 13 ans de 1970...

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