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08 mai 2006

Day six (and last): Lundi 1er mai...

J'ai préparé mes affaires pour le vol de l'après-midi. Le chauffeur doit passer me chercher vers 13h et avant cela je dois déjeuner avec Anna, qui passe me dire au revoir. Voilà, le séjour est déjà terminé, et comme toujours c'est un peu triste de se quitter. J'ai plein d'images en tête et j'espère revenir.

En attendant, nous déjeunons dans un self, et partons ensuite prendre le café ailleurs, dans une de ces excellentes pâtisseries moscovites, avec l'inévitable chocolat épais et les gâteaux. Je me contente d'un expresso, et nous devisons une dernière fois quand le GSM d'Anna sonne. C'est une équipe de télé qui veut m'avoir en interview pour passer dans "Bonjour Russie", le "Télématin" de la seconde chaîne nationale...

Bref regard sur la montre, et nous filons aussitôt vers la galerie une dernière fois. C'était inattendu mais c'est jouable: le chauffeur est déjà là mais va patienter une demi-heure, le temps que la télé me filme en train de dessiner et me pose une série de questions sur mon métier, les mêmes que la veille forcément: mon avis sur le pays, sur les gens, mon regard sur Moscou, et "est-ce que j'y reviendrai ?"...

Moi, j'aimerais bien...

Je dédicace une feuille pour la caméra et prononce le titre de l'émission en russe à la demande de la présentatrice qui pouffe en m'entendant ânonner, ce qui fait bien rire aussi mes amis autour de la table. Hop, derniers adieux et j'embarque avec le chauffeur, qui ne parle pas un mot de français lui non plus.

Le 1er mai, il n'y a pas trop de circulation dans la ville et donc pas de soucis pour l'avion qui ne décolle que vers 16h...

Comme chez nous, le chemin pour l'aéroport est souvent embouteillé et on peut mettre une demi-heure pour s'y rendre ou bien deux heures selon les encombrements... Il n'y en aura pas et je suis en avance pour l'enregistrement. Après plusieurs contrôles, la douane, un dernier regard sur moi de derrière le guichet et me voici en zone d'embarquement. Je dois retirer mes chaussures pour la fouille.


Dans l'avion qui décolle à l'heure cette fois, je ferme les yeux pour évoquer tous les souvenirs de cette belle ville qui disparaît déjà derrière nous...

Le steward à qui j'ai glissé en arrivant que je fais partie de la "famille AF" en temps "qu'ayant-droit", (ma femme est PNC dans la compagnie...) me fait un signe discret et me propose juste avant l'envol de changer de place, me surclassant d'office en "business" où il y a de la place. Ce qui est très gentil mais ne change pas grand chose au fond. On est sur un vol Europe et non sur un parcours Transatlantique où là, ça vaut vraiment la peine. Dans cet A320, pas de petit écran, le confort est à peine meilleur pour les jambes et on a juste un plat chaud au lieu d'un repas froid...

C'est dans l'avion que je commence ce journal de bord, destiné à mon blog, et que vous venez de me faire la gentillesse de suivre. Le reste est pour moi, avec comme première image de mon retour le sourire éclatant de mon petit garçon m'attendant à l'aéroport avec sa maman...

Dosvidania, Moscou... Et le travail reprend. Je vous en recause évidemment très vite...

07 mai 2006

Day five: Dimanche 30 avril...

Au matin je descends dans la galerie déserte.

Elle n’ouvre qu’à midi, et seule une équipe de la télé russe se balade devant mes planches, filmant les pages de Sopha traduites. Je m’approche pour leur parler mais visiblement ni l’anglais ni le français ne suffisent, comme d’habitude.

Je suis certain qu’ils viennent pour moi mais nous n'avons rendez-vous que vers 13h à priori. Et il n'est que 10h, bien qu'ils semblent attendre et que leurs caméras soient montées sur pied, éclairages réglés devant mes travaux exposés...

Je subodore que ce sont bien ceux qui m'intervieweront, probablement arrivés un poil en avance, mais comme il est impossible de communiquer, je préfère attendre l'arrivée de mon interprète favori qui doit passer vers midi à priori.

Quartier libre, j'en profite pour remonter écrire ce journal de bord, et lire un magazine dans le petit studio...

J'ai préparé un peu mieux qu'hier ma session devant le public, en prenant des éléments dans différents dossiers pour avoir une suite logique d'images à montrer, selon la chronologie définie en direct hier.

Ils ont mis à ma disposition un vidéo-projecteur. Relié à mon petit iBook, il sert à projeter sur un mur blanc planches ou illustrations aux gens venus m'écouter histoire d'illustrer au mieux le propos. J'ai choisi des pages de BD que j'aime bien, des dessins de motos faits il y a plus de 25 ans au temps de Plein Pot et aussi quelques travaux récents.

Quand je redescend, je tombe sur la jeune Marie, qui me demande de lui prêter l'ordi pour montrer son travail à la télé, venue pour elle aussi. Elle a adapté un roman russe en illustrations assez naïves et plutôt intéressantes, quoiqu'encore un peu immatures. Il y a de belles promesses dans son travail, et je l'encourage en pointant quelques dessins très réussi, même si nos styles différent pas mal. L'âge aussi (elle 'a que 25 ans) et elle me remercie chaleureusement d'être "comme un papa" pour elle... J'accuse le coup stoïquement... Un bref coup d'oeil dans la glace quand même, pour vérifier si de nouvelles rides ne sont pas arrivées d'un coup pendant que je dormais. Rien à signaler. Ouf...

Micha arrive tout essoufflé vers 11h30. Anna l'a appelé en urgence pour lui signaler ce que je sais déjà, à savoir que les gars de la télé se sont trompé d'horaire et commencent à montrer quelques signes d'impatience dans cette galerie déserte puisqu'ils y font le pied de grue depuis près de deux heures...

Du coup, on commence le reportage, le journaliste me pose des questions traduites par Micha et auxquelles je réponds avec une nouvelle traduction. Pas facile pour la spontanéité, mais on y arrive avec un peu d'entraînement. Vers 13h15, c'est dans la boîte... J'irais bien manger, mais il faut aussi rester avec Marie qui a récupéré mon iBook et passe à son tour sur le gril du journaliste. Gentiment, Micha traduit à nouveau pour elle cette fois, et du coup on ne peut pas aller déjeuner tous les deux comme prévu. L'heure de la seconde masterclass approche.

Andreï fait avec moi une seconde prestation aussi agréable et un peu mieux structurée que la veille devant un public ravi. Vers 16h, une fois la session terminée, je signe quelques livres pour le public, dont un que j'offre à mon traducteur ravi et surpris de mon geste puisque je suis le premier Auteur à y avoir pensé en cinq éditions de festival... Je crève de faim...

Micha et moi allons déjeuner, bien qu'il soit plutôt l'heure du goûter. Anna ne peut pas venir nous rejoindre et passera le lendemain pour me dire au revoir. Cette fois le restaurant à cent mètre de la galerie me semble très cher par rapport aux autres jours, mais comme il me reste plein de roubles à investir, j'invite "généreusement" Micha.

Ensuite à la galerie nous retrouvons Sacha Eremin venu avec un CD contenant ses travaux qu'il a préparé pour moi, pour montrer aux maisons d'éditions en France.

Du beau travail, très très pro...

Il m'a confié plein de pages, de toute sorte, mais je suis séduit par une série futuriste se passant dans une Russie occupée par les Américains, avec des tanks dans un paysage en ruines.

Nous passons la soirée tous les trois dans le studio à l'étage à apprendre à nous connaître dans le but d'une future collaboration éventuelle... Évidemment le barrage de la langue pose problème, mais le courant passe. Sacha semble désireux de montrer l'étendue de son talent chez nous et j'espère bien lui servir de passerelle.

Très admiratif, je regarde les planches et les dessins de ce garçon qui m'observe et semble avoir envie de travailler avec moi. Je lui propose un polar dont l'action se passerait à Moscou... L'ami Micha serait le traducteur et l'indispensable intermédiaire entre nous... Franchement c'est jouable.


Vers 20h, ils prennent congé et je reste seul. Un peu de télé, pas mal de lecture... et au lit, je rentre en France demain... Déjà !

05 mai 2006

Day four: Samedi 29 avril...

Un SMS d’Anna. Il est 13h et Xixous m’attend pour déjeuner. Fatigué, j’ai dormi tard. Du coup j’avais un peu oublié qu’il m’avait proposé la veille de nous sustenter ensemble.

Je croise en bas Marie, une jeune Belge un brin bohème qui a fait Saint-Luc, se déplace en vélo et baragouine quelques mots de russe.

Et aussi José, Américain d’origine mexicaine, un gars de Seattle, amateur de BD russe, qu’il parle couramment. Il vient d’arriver la veille à Moscou sans paraître le moins du monde dérangé par l’important décalage horaire.

L’inévitable Micha me présente des amis graphistes avec qui je pourrais éventuellement travailler le cas échéant.

Sacha Eremin notamment, un illustrateur plus que doué qui a déjà eu une expérience (malheureuse et inaboutie) avec mes amis de chez Soleil… Son album signé et pourtant entièrement terminé n’est jamais sorti. On connaît ça…


Son dossier est fort séduisant, je veux lui en parler demain dimanche, plus tranquillement. En me promenant dans la ville une histoire vient de renaître dans mon esprit et j’aimerais bien trouver un complice pour l'adapter.


Vers 14h30, on part manger. J’ai encore un peu mal aux pieds, mais je supporte vaillamment les quelques centaines de mètres qui nous séparent du typique restaurant caucasien “Tarass Boulba“. J’aime beaucoup cet endroit, en plein coeur de la ville, entourée d'immeubles sans âme. C'est une maison de bois à étage typique, et encore une fois nous ferons là un repas excellent. Avec une première, la carte est aussi rédigée en français, plus facile pour choisir les plats proposés, innombrables… On parle en anglais, c’est bien sympa.


On aborde tout, émeutes en France, CPE, politique étrangère, élection, Irak, une conversation animée sans langue de bois, c’est passionnant. Tout comme avec Anna, pas de barrières, on ose tout dire, exactement comme en Europe. Bizarrement ça m’étonne un peu, même si je sais bien que c’est comme ça depuis plus de 15 ans déjà. Ne pas oublier que toute une génération n’a pas connu le communisme mais les Mac Do partout, les GSM pour chacun, du Coca et Robbie Williams en boucle dans les salons de thé, en fond sonore, le camarade Vladimir Illich doit se retourner dans le mausolée qui porte son nom…

Xixous insiste pour payer, et comme après tout c'est lui l'organisateur, je m'incline. Mes roubles resteront dans ma poche. En échange je lui offre un album de Sopha dédicacé. J'ai bien fait de passer en prendre quelques-uns à Issy, avant le départ.

Retour vers la galerie. Pas revu la jolie Natalia… Première masterclass vers 17h. Andreï, mon interprète a l’accent d’un titi parisien, mais est russe. Il porte des cheveux longs et blancs, un blouson de cuir et traduit ce que je raconte "au rasoir", d’après mes amis qui écoutent.


Une quarantaine de personne restent avec moi durant deux heures et demie où je parle de mon travail, pas mal de questions ensuite… Sur tout, en gros "ma vie mon oeuvre", mon ressenti de la Russie maintenant que j'y suis, et tout ce qui me passe par la tête... (sur la photo - prise le lendemain dimanche lors de la seconde Masterclass - je suis assis au fond sous le projo avec l'ami Andreï et ses cheveux blancs à la "James Healer" qui m'écoute, vu de profil)

À la fin, quelques dédicaces. Une gamine d’à peine 15 ans qui ne m’a pas quitté des yeux veut que je regarde son carnet de croquis, me demande timidement un dessin, et souhaite... me toucher la main ensuite dans un élan quasi mystique ! Bon, c’est une ado, un âge difficile. Chez eux comme chez nous, visiblement. Trop mignonne, Anastasia… Spaciba bolchoï !

Le soir, je dîne dans un nouvel endroit avec Anna qui ne me montre décidément que des clubs drôlement sympa … Pas mal de filles seules ou en groupe, toutes plus classes les unes que les autres ! Plein de jeunes gens qui s’amusent.

On est déjà samedi soir. Le temps file trop vite.

Et puis ensuite un chocolat non pas chez Pouchkine comme dans la chanson, mais sur la rue principale. On dirait un peu ce qui couvre les profiteroles chez nous, épais et sucré, mais très bon. Ne pas en abuser toutefois… Ils servent un verre d’eau avec. Ouf ! Je rentre.

Demain dimanche je dois faire une télé pour l’équivalent moscovite d’Arte. Et ensuite une seconde masterclass…

La dernière, déjà...

Day three: Vendredi 28 avril...

Lever 9h. Je ne prends pas plus de petit-déjeuner que les jours précédents. Il n’y a pas d’endroit prévu pour ça dans la galerie M'Ars à part une sorte de brasserie seulement ouverte à partir de midi ou le soir. Bien sûr je pourrais tenter les petits cafés autour, mais sans posséder la langue, j’hésite.

Et manquant au fond un peu de courage, je m’abstiens.

Je repars donc à la suite de Micha qui m’attend dans le hall à 10h comme convenu. Ce dernier veut me montrer encore d’autres endroits avant de m’amener au Centre Culturel Français et je poursuis mon calvaire en silence derrière ce marcheur enthousiaste, tandis qu’il m'indique plein de trucs typiques, que de toute façon seule la marche à pied permet de voir: des petites cours intérieures, des maisons ou des bâtiments en tout genre.

Mais c’est sûr, dès que je le peux je soigne mes p… d’ampoules.


Nous retournons près du Kremlin, traversons un pont sur la Moscova et pour moi tout est génial à voir, quel que soit l’endroit où le regard se porte… Un marché en plein air, des gens partout, il fait un temps splendide et le soleil tape. À un moment, prenant enfin pitié de mes pauvres pied, Micha décide de prendre le tram. Nous en ratons un de justesse, la ville est en travaux partout et nous avons dû faire un détour…

Aussitôt mon guide me propose de prendre un taxi collectif et tend le bras vers une petite camionnette remplie de gens assis… Une sorte de taxi-brousse, mais au cœur de la Cité des Tsars. Me voici installé entre deux jeunes filles qui parlent fort, le portable à l’oreille et quelques autres personnes au physique très russe, forcément. De la documentation sur pied. C’est une estafette avec une douzaine de places… L’argent pour le prix du voyage des gens qui viennent de s’installer remonte de main en main vers le chauffeur qui empoche l’ensemble après un bref regard et redémarre.

Le CCF est situé à un carrefour, sur une grande place au coeur d'un bâtiment gris de pur style soviétique, regroupant d'autres centres culturels de différents pays européens. Après un contrôle strict à l'accueil, nous montons rejoindre Anna et son boss Dominique Jambon...

La médiathèque du CCF semble très bien achalandée, on y trouve de tout, musiques, films, livres, BD, y compris mes albums forcément… Ania qui a du travail nous laisse partir avec Dominique qui connaît un endroit sympa pour déjeuner.

Après quelques minutes de marche, (encore…) il nous entraîne vers un restaurant génial selon lui... Mais qui est fermé ! Un autre endroit tout aussi fermé et nous nous rabattons sur un restaurant très agréable, également un club de jazz où nous sommes presque seuls et servis par de jeunes filles ravissantes, un peu hautaines et très slaves.

Repas là encore fort plaisant où je lui parle de mon projet de coopération franco-russe entre un dessinateur du cru et moi, ce qui l’intéresse vivement. Il est même près à aider le cas échéant… On verra. Il s’éclipse après le repas, mais on doit se revoir le soir, puisque l’attaché culturel de l’Ambassade de Suisse nous invite à un cocktail chez lui dans son appart du centre-ville.

Je veux regagner la galerie. Mes pieds cette fois me font mal, vraiment et ça me gâche un peu le plaisir. Micha cherche un taxi. En fait il fait du stop, pouce tendu, me demandant juste de ne pas parler français pour négocier des prix qui selon lui peuvent aller du simple... au pire !

… Le système D, quoi ! Un gros type en Lada, jean et blouson de cuir stoppe et nous embarquons. Un bavard qui s’ennuie et se fait un peu de fric pendant ses heures de boulot, il est chauffeur, mais pas du tout taxi. Pendant trente minutes, nous roulons dans un Moscou plutôt embouteillé, comme toujours semble-t-il. Je suis assis seul à l’arrière, muet, tandis que Micha et lui parlent en russe sur la banquette avant. Je ne comprends pas un traître mot de ce qu’ils se disent mais c’est bougrement animé. Il nous ramène à la galerie pour quelques roubles…


Je m’éclipse aussitôt pour regagner mon studio, et me reposer un peu en attendant la soirée chez notre ami Suisse. J’ai du désinfectant, des pansements, je perce mes ampoules et ça va fichtrement mieux…

Nous quittons le centre vers 19h pour aller à ce fameux cocktail à cinq cent mètres de la galerie. Je marche sur des œufs, mais j’ai moins mal que tout à l’heure, maintenant que j’ai percé mes satanées ampoules, une à chaque pied.

On arrive dans un immeuble cossu, et montons chez l’attaché culturel suisse qui nous reçoit. Nous sommes les premiers arrivés. Je serre la main de son épouse qui ressemble à une japonaise, mais est russe en fait. Ce pays immense recèle tant de populations d’origines diverses et de types physiques différents…

C’est un bel appart de fonction, et le cocktail est très agréable, du personnel visiblement resté en extra pour le soir a préparé un apéritif bien “achalandé“. Une jeune fille nous passe sans cesse des plateaux garnis, couverts de petites choses très agréables, avec du saumon, des quiches, du caviar et autres zakouskis. Je me bourre de ces trucs avec une préférence marquée pour le saumon fumé et les blinis... Délicieux !

Je sympathise avec le futur ambassadeur de Suisse en Géorgie et son épouse, et parle aussi beaucoup avec la charmante Ludmilla qui bosse à l’ambassade du Luxembourg, je crois… Une dédicace pour notre hôte et je rentre dormir vers 23h, sans passer par la case resto pour une fois…

Mais avec tout ce que j’ai pris chez les Suisses, ce ne serait pas raisonnable de toute manière...

04 mai 2006

Day two: Jeudi 27 avril...

11h du matin. La Place Rouge EST vide…

Seulement mon guide n’a pas les cheveux blonds de Nathalie, mais la barbiche et la casquette de Micha, le fou de BD-traducteur qui a travaillé sur les pages de Sophaletta pour l’expo.

Il a pour le CCF traduit plus de trente planches extraites de mes albums, qui puisqu'ils n'existent pas en russe seront lettrées avec le texte en cyrillique replacé dans les bulles pour que le public de Moscou puisse parfaitement lire ce que j’y raconte...

Micha est un garçon adorable aux petits soins pour moi… Venu me chercher à 10h à la Galerie, il a à cœur de me faire découvrir sa ville, puisqu’il est moscovite de naissance. Linguiste, aimant la France, un peu passéiste et conservateur, il apprécie les chansons d'Adamo et n’est pas étonné de se retrouver avec moi comme dans la chanson de Bécaud.

Moi, je suis debout devant le Kremlin…


C’est un vrai choc, me voici devant un mythe, l’endroit est tellement connu, vu et archi-vu...

Mais que je regarde en vrai, pour la première fois… Majestueux, chargé d’histoire et vraiment impressionnant ! Sur le côté, quelques touristes attendent sagement leur tour pour entrer dans le mausolée de Lénine, mais il n'y a pas grand monde. Quinze après la chute du communisme, le "p'tit père des peuples" ne fait plus recette... Et Poutine a ouvert le débat en proposant qu'on l'enterre enfin selon le rite orthodoxe. Au passage, quelle invraisemblable prouesse des embaumeurs de l'époque ! (si ce n'est pas un mannequin de cire qui a été substitué au corps du camarade Vladimir Illich Oulianov, mort je vous le rappelle en janvier 1924...) Voir le documentaire passionnant sur ce sujet: Forever Lenine, ces jours-ci sur Arte.

Anachronisme amusant: devant la grande porte reconstruite, celle-là même que les Soviétiques avaient jadis détruite pour faire passer les chars du défilé le 1er mai sur la Place Rouge, il y a un type déguisé en Mickey avec tout le costume, et la grosse tête qui aborde les enfants pour faire une photo avec eux, exactement comme à Disneyland ! Un truc vaguement surréaliste.

Micha est un type extrêmement sympathique, curieux et bavard autant que moi et nous parlons énormément pendant que nous marchons. Je fais en sa compagnie des kilomètres à pied des heures durant au point d’avoir des ampoules très rapidement. C’est un métier sédentaire, la BD… BD qu’il connaît d’ailleurs mieux que moi, il est vrai que c’est un fan. J’ai l’idée de rencontrer un dessinateur russe pour une histoire à publier en France… Il m’aidera car l’idée l’enthousiasme.

Micha ne mange jamais au restaurant et semble un peu inquiet à l’idée d’en trouver un qui me plaise… Il m’entraîne dans un resto géorgien, à nouveau en sous-sol sans la moindre indication extérieure, et là encore, agréable surprise, l'endroit est plaisant et le repas délicieux, pour un prix dérisoire. Je l’invite, du coup… (rires)

On remarche encore un bon moment, mes pieds crient grâce mais ce garçon de toute manière n’a pas son permis de conduire et encore moins de voiture. En plus je vois en marchant tellement de choses, de détails, qu’une ballade en voiture certes moins fatigante ne me permettrait pas de découvrir, que j’en veux davantage à mes chaussures et à ma piètre condition physique qu’à mon guide qui se confond en excuses et semble désolé de me voir me traîner sur les derniers kilomètres…

Nous revenons au centre d’expo… Les pages des Auteurs Français sont arrivées de l’imprimerie, mais pas encore accrochées !

Xixous, (prononcer “Kikousse“) l’organisateur semble débordé et s’en excuse à plusieurs reprises dans un anglais un peu chaotique, mais très compréhensible… Il affiche un look artiste un peu punk, avec des dreadlocks et une partie des tempes rasées, c’est un dessinateur lui-même, un peu débordé par l‘événement qu’il organise sans se départir de sa bonne humeur, d’un sourire et de son portable qui sonne sans arrêt…


Il y a dans le hall une jolie demoiselle de la presse qui m’attend pour m’interviewer. Natalia (Gilbert, si tu nous entends, on y est…) prétend parler français, mais c’est un peu juste pour aller au fond des choses. Elle me pose plein de questions, me demande mon avis sur tout et rien, mon opinion sur sa ville, son peuple, pourquoi j’ai choisi de créer une héroïne russe et je sens qu’elle préférerait me poser plein d’autres questions sans truchement..

C’est peu intime de se faire traduire chaque phrase par l’ami qui est entre nous. Elle dit qu’elle pourrait me montrer sa ville et me guider le lendemain dans Moscou. Bien sûr je gagnerais probablement au change sur le plan esthétique, mais Micha qui est parfaitement bilingue, lui, m’est infiniment plus précieux… Je ne décline néanmoins pas l’offre de Natalia (ben tiens…) et m’éclipse avec un dernier sourire.

Dès 18h, les gens commencent à affluer pour l’ouverture au public, alors qu’on accroche fébrilement mes planches que je vois en russe pour la première fois puisque la série n’est pas traduite. Ils ont bien bossé, le lettrage est très réussi et c’est amusant de voir des textes en caractères cyrilliques dans les bulles… Ainsi cette histoire écrite en français donne l’impression de se “russifier“…Pas de marché en Russie pour les BD, au désespoir des passionnés qui tentent d’ouvrir des passerelles, ce salon en est la preuve. Mais ce n’est que la cinquième année et beaucoup reste à faire…


Je rencontre Dominique, le patron du CCF, qui regagne Paris samedi, mais souhaite quand même avant son départ m’inviter à déjeuner. Rendez-vous est pris pour le lendemain, vendredi à midi.

L’expo des artistes russes est brillante et prometteuse artistiquement parlant, même si elle part un peu dans toutes les directions graphiques. Il y a des gens doués et créatifs, à l’imagination fertile. J’aime bien ce creuset de futurs talents, ça ressemble un peu à l’expo d’une fin de cycle de mon ancienne école. J’en profite pour repérer quelques jeunes gens que j’aimerais bien voir plus avant.

S’en vient le temps des discours. Le genre de truc qui ne me gêne plus, l’ayant pas mal fait. OK les regards se concentrent sur toi pendant que tu parles, mais j’aime bien… Xixous me présente à la foule qui se presse dans l’auditorium, et je prononce quelques mots en français, fidèlement traduits par Anna. J’en profite pour regretter de ne pouvoir leur parler dans leur langue et les remercie de leur accueil chaleureux. Du cousu main. Ça, je sais faire… Ensuite un cocktail assez sommaire, en fait du vin dans des packs en carton avec un robinet posés sur les tables, des gobelets en plastique et pas de petites choses salées pour accompagner. Bof. Pas top, mais vu mon aversion pour l’alcool, pas grave non plus…


Je dédicace toute une série de Sopha, les neuf albums (!) à un jeune homme passionné qui vient de les acheter. Il y en a une quarantaine dans l’espace librairie, en français... Kirill (c'est son nom) me remercie de ma disponibilité et se fait photographier avec moi. (la belle image au-dessus...)

Après une demi-heure à se presser au milieu de la foule, très vernissage et très artistes moscovites branchés, Ania et moi nous éclipsons. Comme elle me trouve sympa, elle m’invite dans un autre endroit. Elle n’est pas du tout obligée. Sa mission envers moi est terminée. J’ai touché de l’argent justement pour être autonome. Ce que je ne suis pas de fait, vu mes soucis linguistiques.

En attendant, la providentielle Anna m’amène à nouveau dans un club typique et branché où je dînerai très bien. On semble pouvoir manger à toute heure dans ce pays. Personne au restaurant ne s’étonne de vous voir débarquer n’importe quand, en milieu d’après-midi ou même très tard le soir…

03 mai 2006

Day one: Mercredi 26 avril...

Malchance, l’avion a plus d’une heure et demie de retard.

Le vol devait décoller pour Moscou vers 9h30 mais en raison d’un premier décalage, notre appareil qui arrive de Londres n’est pas encore nettoyé, les plateaux pas encore chargés, bref, ils ne sont pas prêts et l’embarquement ne commencera pas avant 11h, pour un décollage ensuite quasi immédiat, avec des dizaines d’avions avançant à la queue leu leu sur le tarmac pour se trouver un slot favorable.

Enfin, me voici dans cet Airbus A321 en "classe éco", coincé entre deux vieilles dames bavardes très excitées à l’idée de visiter la moitié des églises de Russie en dix jours… Moscou-Saint-Pétersbourg par la route des monastères, voyage paroissial express en autocar, un groupe de grenouilles de bénitier qui piaillent avec l’accent de Tarbes et arrivent en transit en droite ligne de Lourdes (ça ne s’invente pas) dirigées par un curé dynamique. Et monsieur l’abbé a préparé un "programme d’enfer" pour le groupe qu’il supervise, ça ne va pas chômer chez les cathos…

Moi, je n’ai pas de programme trop précis, tout ça est resté un peu vague et commence juste à m’en inquiéter un peu…

On est en éco, mais quand même: la Servair m’a déjà habitué à mieux: entrée, plat, dessert, tout sur ce plateau-repas a le même goût de plastique et de nourriture aseptisée… (l'appétissante photo qui illustre n'est pas du tout ce qui nous a été servi...)

Et ce steward qui minaudait jusqu’alors avec une voix de fausset qui s’énerve abusivement quand il faut aider les p’tites chaisières du Sud Ouest à remplir les papiers pour la douane russe, dont les formulaires sont uniquement en cyrillique !


Une demi-heure pour noircir les cases d’un banal formulaire qu’on remplirait en français en trois minutes à peine. On se croirait à l’école, mes voisines louchent sur ma copie… Les Russes pourraient prévoir une version bilingue.

L’avion se pose à Cheremetiévo vers 17h locales (il y a deux heures de décalage, il n’est que 15h à Paris)… Dire qu'on devait atterrir vers 15h locale ! Et je vais encore attendre en compagnie des autres passagers dans une chaleur étouffante plus d’une heure et demie debout devant les guichets de la douane russe, qui examine chaque passeport avec minutie.

Quand vient mon tour, une grosse blonde en uniforme derrière un guichet m’examine avec défiance avant de passer mon passeport sous un scanner et de tamponner quelques formulaires supplémentaires. Visiblement une survivance bureaucratique de l’ancien régime que ce goût immodéré pour la paperasse…

Après quatre minutes et un ultime coup de tampon, la dame consent à me rendre mon passeport non sans un dernier regard que j’imagine soupçonneux. ‘Y est, je peux passer ! Les bagages sont depuis déjà un bon moment sur des tapis qui ne tournent plus en nous attendant...

C’est fini… Je suis en Union Sov…euh, en Russie !

Il y a un type avec une petite pancarte portant mon nom au milieu des dizaines de personnes qui attendent depuis près de quatre heures les passagers de ce vol… On me propose déjà des taxis à voix basse, du change au noir, mais je file derrière Sacha, qui sans un sourire (Anna m’a prévenu la veille, il ne parle pas le français) s’en retourne vers sa voiture à grandes enjambées en me laissant traîner sacs et valise, ses mains dans les poches.

Visiblement, les heures debout à m’attendre lui ont porté sur les nerfs…

J’ai nettement l’impression au bout de huit cent mètres qu’il essaye de me faire regagner Moscou à pied et je commence à cracher mes poumons en haletant comme un phoque asthmatique, quand après dix minutes de marche en silence sans un regard, on arrive auprès d’une vieille Lada crasseuse toute cabossée garée à la sortie des parkings. D’un mouvement de tête impérieux, il me fait signe d’y balancer mes affaires avant que je ne m’engouffre à l’avant à ses côtés, en nage et les pieds en sang… Putain, j’attendais pas une limousine, mais quand même… 19h déjà !


Dans les faubourgs de Moscou, embouteillage monstre… J’ouvre de grands yeux, au milieu de cette zone industrielle grise et sale d’où émergent des dizaines de panneaux publicitaires énormes, vantant les mérites du dernier portable Samsung ou de 4X4 japonais… Des affiches omniprésentes, et aussi Ikea et Auchan, on se croirait dans les environs de Garonor ou de Bobigny… La circulation est infernale, des voitures de toutes marques, avec une prédilection pour les gros véhicules tout-terrains. Jamais vu autant de Toyota Rav4, de Land Cruiser et autres Pajero au mètre carré de bitume. En tout cas plus qu’à Paris, ça c’est sûr. Portable vissé à l’oreille, le Russe conduit au klaxon, surgissant de partout avec un sens de la priorité anarchique assez déconcertant... même pour un habitué des embouteillages en Île-de-France…

Après une demi-heure sans un mot, mon aimable chauffeur commence à m’indiquer de l’index et d'un son guttural quelques rues ou monuments au moment où on passe devant.

Il me montre ainsi des immeubles, des statues, bref toutes les curiosités touristiques à mesure que l’on s’approche du centre. Je perçois quelques mots familiers et les répète phonétiquement, pour le voir acquiescer en m'entendant...

Architecturalement parlant, c’est une ville magnifique bien conforme à l’idée que je m’en faisais à travers la documentation russe accumulée pour cette Sophaletta qui est au fond le vrai motif et la raison première de ma venue ici… Bref “Bolchoï, Kremlin… Loubianka, Place Djerzinski“… Oui, de ce que j’en aperçois derrière la vitre sale de cette petite Lada, c’est sûr, je suis à Moscou !

À la galerie M'Ars à deux pas du centre ville où mon travail est exposé, et qui est le lieu du “festival“ KoMmissia, je retrouve Anna du Centre Culturel Français sur que je peux enfin mettre un visage après avoir conversé au téléphone avec elle à de nombreuses reprises. Une petite brune au regard vif, très avenante, et qui parle (mais je le savais déjà) un français absolument parfait. Accueil chaleureux, elle me montre le studio à l’étage où je vais loger pendant quelques jours, ce qui est plus plaisant que l’hôtel à tout point de vue. Elle me remet aussi une enveloppe pleine de roubles pour mes frais. Je m’installe avant de partir dix minutes plus tard en sa compagnie au restaurant… Ce soir c’est elle qui m’invite pour mon arrivée.

Un étonnant club branché sans aucune indication extérieure, un appartement communautaire recréé, où l’on accède après avoir descendu quelques marches, accueilli par les omniprésents vigiles que l’on trouve à l’entrée de tous les lieux publics… Bien entendu absolument personne ne parle anglais et encore moins français. Je me sens vaguement handicapé et me colle à Anna comme une bernique à un rocher… Le menu est en cyrillique, accroche-toi ! Là encore, pour savoir ce que je vais dîner, je m’en réfère à ma guide, qui me traduit les plats consciencieusement… Je vais faire simple: saumon fumé, petits légumes croquants en entrée puis médaillons de veau, pommes de terre et champignons, le tout délicieux et pas cher du tout par rapport aux prix pratiqués chez nous… On ne prend pas de dessert.

Anna et moi parlons beaucoup, elle me raconte sa Russie, us et coutumes, en abordant tous les sujets possibles, aussi facilement que je le ferais avec une jeune femme française. La Perestroïka est déjà vieille de 15 ans il est vrai, et l’URSS est bien loin désormais. Je me sens dans cette ville comme je le serais n’importe où en Europe, avec des jeunes gens qui sortent en bande pour faire la fête, une vie nocturne animée (et Dieu que les filles sont belles… )

Juste ce problème insoluble de barrage linguistique qui m’empêche d’aligner trois mots et l’alphabet cyrillique omniprésent mais incompréhensible pour moi.

Et hop après cet excellent dîner, retour à la galerie M'Ars pour y dormir, après cette première approche. Juste le temps de m’inquiéter de ne pas voir mon travail et mes planches traduites exposées: OK, la salle est très belle mais les murs sont encore bien vides dans l’espace dévolu aux auteurs français et l’inauguration, c’est demain jeudi, vers 19h…


Aber morgen ist auch ein tag, et je m’endors du sommeil du Juste…

Back home.

De retour dans notre joli pays... Avec évidement plein de souvenirs que je vous raconterai au fur et à mesure...

25 avril 2006

Papa est en voyage d'affaire...

Si tout va bien. Si l'avion ne tombe pas, à l'aller comme au retour, si je ne succombe pas aux charmes du pays, que ce soit par la nourriture ou par les autochtones... Bref, si les choses se passent dans l'ordre et que ce voyage soit une vraie réussite, un enchantement... ou pas...

... Je serai de retour le 2 mai ! (Bon anniversaire, Maman...)

Demain, Moscou...

Plus que 24 heures et hop, dans l'avion d'Air France pour un "Erik au pays des (ex)Soviets" forcément un peu différent des naïves aventures vécues dans les années 30 par le célébrissime héros à houpette de Maître Hergé...

Je pars quand même un peu dans l'inconnu avec somme toute assez peu de précisions quant au programme protocolaire établi là-bas pour moi.

Bah, "à la guerre comme à la guerre", on verra bien. Et de toute façon, c'est très excitant.

Il semble qu'on me prête un appartement dans le centre de Moscou, à deux pas de la Galerie où doit se dérouler le salon KoMmissia 2006.

J'aurai plusieurs obligations professionnelles, ce qui est bien normal et j'embarque quelques albums à offrir, que les éditions Glénat me donnent gracieusement (merci à mon ami Patrick !) pour distribuer à des "privilégiés".


Ah: il paraît précisément que notre Ambassadeur en poste dans la capitale Russe apprécie la BD. Moi, je n'aime guère les rochers Ferrero, célèbres confiseries industrielles immondes dont il agrémenterait (dit-on) ses fameuses "soirées"... (si la pub dit vrai)

Ça ne fait rien, je lui offrirai quand même quelques albums dédicacés...

Et j'ai bien précisé à mon interlocutrice Anna que je ne buvais JAMAIS d'alcool pour éviter d'avoir des soucis de "protocole", ou de vexer mes interlocuteurs si on doit porter de ci de là quelques toasts à l'éternelle amitié franco-russe...

19 avril 2006

Erik à Moscou... C'est dans huit jours...

Là ça se précise.

Après une heure d'attente très tôt le matin devant l'ambassade à Paris, je pénètre dans le sas d'accueil du Boulevard Lannes dans le XVIème arrondissement, en compagnie de nombreux chasseurs de visas commissionnés par les agences de voyages et de quelques rares futurs touristes bien esseulés...

Deux longues heures à l'intérieur, et j'obtiens enfin mon précieux sésame.

'Y est ! J'ai mon visa. Dans une semaine je serai sur la Place Rouge... Sûrement plus excitant que d'aller signer des albums à Bar-le-Duc ou bien Melun... Le programme établi par Ania, à Moscou, se "dessine" peu à peu.

Je crois que je ne vais pas m'ennuyer...